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Van Groenigen J.W., Lubbers I.M., Vos H.M.J., Brown G.G., De Deyn G.B., Van Groenigen K.J., 2014. Earthworms increase plant production : a meta-analysis. Scientific Reports, 4

https://www.nature.com/articles/srep06365

Dans leur courte méta-analyse parue en 2014, les auteurs de l’étude référencée ci-dessus rapportent des résultats probants au sujet de l’effet des vers de terre sur l’agriculture. Les vers de terre ont de nombreux rôles dans la vie des écosystèmes terrestres ainsi que sur les services écosystémiques, rôles qui comprennent par exemple la régulation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais les auteurs se sont ici concentrés seulement sur l’effet de ces animaux sur la biomasse et la rentabilité de terres agricoles d’un point de vue de quantité et de qualité de production.

Compilant les résultats de 58 articles de recherche publiés entre 1910 et 2013, van Groenigen et al ont mesuré l’effet des vers de terre grâce à six variables : le rendement des cultures étudiées, la biomasse à la surface du sol, la biomasse souterraine, la biomasse totale, la concentration d’azote dans la biomasse de surface, et le rapport entre la taille des racines et celle de la pousse. La difficulté d’une telle démarche est liée à la diversité des types de cultures et de terrains dans lesquels les vers de terre opèrent, c’est pourquoi les auteurs ont choisi de faire une moyenne des résultats de la littérature étudiée. Cette littérature comprend des observations faites dans le monde entier.

L’effet des vers de terre sur les rendements

Les résultats sont les suivants: 25% d’augmentation des rendements avec la présence de vers de terre (en moyenne), 23% d’augmentation de la biomasse de surface, 20% d’augmentation de la biomasse souterraine. L’effet des vers de terre sur les rendements des cultures dépend du type de culture dont on parle. Ainsi l’effet des vers de terre sur les rendements est plus élevé pour les cultures de céréales (plus de 30% d’augmentation de la biomasse de surface avec la présence de vers de terre) que pour les cultures de légumineuses (pas d’effet significatif).

Malgré tout, les auteurs écrivent que « des effets positifs significatifs […] se produisent malgré des différences de climat, de texture du sol, de niveaux de matière organique et de rapports C/N[…] ». Quelques autres effets positifs des vers de terre : ils ont la capacité à restructurer, restaurer, et améliorer la qualité de sols abîmés. Notons aussi que plus ils sont nombreux, plus les effets mentionnés jusqu’ici sont conséquents. Notons enfin que la qualité des cultures est maintenue malgré l’augmentation des rendements : leur concentration en azote est identique avec ou sans vers de terre. Ainsi quantité rime avec qualité des cultures.

Comment ils affectent les rendements

Si les études sur le sujet de l’effet des vers de terre ont tendance à avoir des difficultés à déterminer la cause exacte de ce dernier, Van Groenigen et al, grâce à cette méta-analyse, démontrent un effet en particulier qui conduit la présence de vers de terre à augmenter les rendements des cultures et la biomasse. Cet effet, c’est celui de l’augmentation de la disponibilité des nutriments pour les plantes, et notamment de l’azote. Ainsi, ils écrivent que « la disponibilité accrue de l’azote est une voie prédominante par laquelle les vers de terre stimulent la croissance des plantes ».

Pour être exacts, c’est sur le plan de la minéralisation de l’azote que se joue l’effet positif des vers de terre. Ces derniers le rendent disponible sous forme de nitrate en transformant la matière organique présente dans les sols. La démonstration de cet effet est simple : l’effet positif des vers de terre sur les sols fertilisés par des engrais azotés non-organiques (que les vers de terre ne peuvent pas digérer et qui sont déjà censés rendre l’azote disponible pour les plantes) est moins élevé que l’effet des vers de terre sur les sols fertilisés par des engrais organiques ou non fertilisés. Cette démonstration est étayée par le fait que les vers de terre n’augmentent pas significativement la croissance des plantes qui mobilisent du phosphore plutôt que de l’azote.

Ce que cela signifie pour l’agriculture

Ce qu’il faut retenir de tout ceci, c’est que les vers de terre ont un effet sur la minéralisation de l’azote, ce qui favorise la croissance des plantes parmi d’autres effets positifs qu’ont ces animaux sur les rendements des cultures et la biomasse. Et cet effet est d’autant plus significatif dans les sols pauvres en azote et en nitrates, c’est-à-dire dans les sols infertiles. Mais étant donné que les vers de terre sont plus à l’aise dans les sols fertiles (capables de les nourrir), pour un meilleur effet, selon van Groenigen et al il faut associer leur présence à une fertilisation des sols par l’ajout de matières organiques.

Les auteurs suggèrent ainsi d’utiliser les déchets issus de la production agricole comme fertilisant, car ils nourriront les vers de terre. Ils concluent en indiquant que l’agriculture biologique (en ce qui concerne les pays développés) offre des conditions idéales pour l’activité des vers de terre: elle permet de disposer de fertilisants biologiques de qualité et en quantité. La présence des vers de terre stimule ainsi les rendements de façon à réduire l’écart avec l’agriculture conventionnelle. Pour terminer, notons que la mobilisation de vers de terre a également une grande pertinence aux Suds, notamment dans les tropiques, où les sols sont souvent infertiles et où les fertilisants biologiques sont déjà courants.