Mardi 26 mai, le tribunal administratif de Marseille nous a donné raison dans le contentieux contre le troisième tronçon du téléphérique de La Grave. La Société d’aménagement touristique de La Grave (SATG) devra déposer une demande de dérogation environnementale avant de poursuivre les travaux sur le glacier de la Girose.
Les associations requérantes prennent acte de la décision du tribunal administratif de Marseille du 26 mai 2026 concernant le projet de troisième tronçon du téléphérique de La Grave, sur son volet relatif aux espèces protégées. Elles notent avec satisfaction que leur analyse sur l’impact considérable de ce projet de construction de téléphérique (en aucun cas assimilable à un remplacement d’un téléski) sur les Gypaètes barbus qui fréquentent régulièrement le site est validée et que la réglementation en matière d’espèces protégées n’a pas été respectée. Cette décision était très attendue. Lors de l’audience qui s’est tenue le jeudi 30 avril 2026, le rapporteur public avait proposé l’annulation de la décision contestée, la suspension des travaux et l’obligation, pour le porteur de projet, de déposer une demande de dérogation espèces protégées. Au-delà du seul projet de La Grave, ce dossier pose une question de fond : peut-on continuer à aménager la haute montagne en minimisant les risques pour des espèces rares, menacées ou insuffisamment prises en compte ?
Un enjeu majeur pour le gypaète barbu
Le dossier a mis en évidence les risques pesant sur le gypaète barbu, espèce protégée et particulièrement vulnérable. La présence de couples nicheurs, et donc de juvéniles, à proximité du projet et le risque de collision avec les câbles appellent une vigilance maximale. Les effectifs réduits de cette espèce, combinés à une écologie spécifique et une maturité sexuelle tardive rendent la survie de chaque individu indispensable au maintien de l’espèce dans l’arc alpin.
Pour les associations, la protection du vivant ne peut pas être ajustée aux contraintes techniques d’un équipement. Lorsqu’un projet présente un risque sérieux pour une espèce protégée, il doit faire l’objet d’une procédure complète, transparente et contradictoire.
l’Androsace du Dauphiné, symbole d’un droit à actualiser
Le dossier soulève aussi la question de l’Androsace du Dauphiné, espèce alpine présente à l’emplacement du futur pylône et récemment distinguée par la science comme variante d’une espèce déjà protégée. Il serait incompréhensible qu’une avancée scientifique conduise, même temporairement, à affaiblir la protection d’une espèce, voire sa destruction afin de permettre l’implantation d’un pylône de 27 mètres de hauteur.
Cette interprétation du droit niant le statut d’espèce protégée à l’Androsace du Dauphiné va à l’encontre des règles de l’Institut National du Patrimoine naturel. Les associations demandent à l’État de garantir sans délai la protection effective de cette espèce et d’actualiser les listes d’espèces protégées à la lumière des connaissances scientifiques disponibles. Nous sommes d’autant plus confiants que la mise à jour de la liste des espèces protégées, qui date de 1982, a été validée il y a plus de six mois par le Conseil national de Protection de la nature- ; elle comprend l’Androsace du Dauphiné et est dans l’attente d’une publication au Bulletin officiel.
Une décision importante pour l’avenir de la haute montagne
La Grave est un site exceptionnel. Son avenir ne peut pas se construire sur la fragmentation des procédures, la sous-estimation des impacts écologiques ou le passage en force.
Les associations ne contestent pas la nécessité de penser l’avenir des territoires de montagne ; elles y contribuent d’ailleurs activement, singulièrement à La Grave où nous avons tenu toute notre place dans la concertation mise en place par l’Etat sur l’avenir de la Haute-Romanche. Elles contestent une méthode qui traite trop souvent la biodiversité comme une contrainte à contourner.
Cette décision doit rappeler une évidence : en haute montagne aussi, le droit des espèces protégées s’applique pleinement. Le gypaète barbu, l’Androsace du Dauphiné et les milieux d’altitude ne sont pas des variables d’ajustement.
Les associations se félicitent de la reconnaissance des risques pesant sur le gypaète barbu. Elles regrettent toutefois que l’Androsace du Dauphiné ne bénéficie pas de la protection juridique que justifient les connaissances scientifiques disponibles et étudieront les suites à donner.
